TSA, HPI & AgBr

Un blog qui parle d'autisme et de photographie analogique.
Humeur Photo

Une leçon d’humilité en argentique

La photographie analogique ou argentique est un artisanat qui demande un minimum de concentration, de soin et de savoir-faire. Si l’un de ces trois éléments vient à manquer le film ne vous le pardonnera pas, j’en ai fait plus d’une fois l’amère expérience. Inutile de se retrancher derrière de vaines excuses: on est le seul responsable. Et les sources de problèmes sont nombreuses: film voilé, mal développé, mal fixé, réticulation, poussières, traces de calcaire, températures des bains non conformes,…
Laissez-moi vous compter deux anecdotes…

 

Réaction en chaine – 25 juin 2017 – Tihange

Ce jour-là quelques milliers de personnes ont décidé de se donner la main dans une chaine humaine de 90 km entre Tihange et Aachen pour réclamer la fermeture des réacteurs nucléaires dont les cuves sont fissurées. Je suis parti couvrir l’événement pour le Collectif Krasnyi armé d’un canon EOS-3 chargé de pellicule Rollei Retro 400 S. Tout se passe bien, l’ambiance est festive, la présence policière réduite à son minimum. Il y a là quelques personnes plutôt extraverties et d’autres déguisées , beaucoup de monde, bref: de quoi faire de belle images.

Je tire deux films en tout.

Rentré chez moi je m’attaque directement au développement. Première étape: mettre les films en spire. C’est une opération un peu compliquée quand on débute car tout doit se passer dans le noir, mais avec l’expérience et un peu de méthode c’est très facile. Il suffit de ranger son matériel dans le bon ordre et de mémoriser l’emplacement de chaque chose pour les retrouver dans le noir sans trop tâtonner. On aura pris soin avant d’éteindre la lumière d’engager les films dans le début des spires pour se faciliter la tâche. On éteint, on met les films en spire, on met les spires dans la cuve et on ferme soigneusement la cuve en enfonçant bien le couvercle. Je vous jure que c’est ce que j’ai fait, et pourtant…

On peut maintenant rallumer la lumière et procéder au développement. Idéalement on aura préparé ses produits à l’avance pour pouvoir commencer directement. Ici je vous refais la scène au ralenti: le couvercle de la cuve est composé de deux parties: la partie principale est étanche à la lumière et est creusée en son centre d’un goulot en forme d’entonnoir dans lequel on verse les produits, la seconde partie est un petit couvercle en plastique souple qui se place par dessus et qui rend le tout étanche aux liquides. J’ôte ce petit couvercle et je verse le révélateur, j’enclenche mon timer de labo et m’apprête à effectuer 4 inversions de la cuve  (chaque minute la cuve doit être agitée afin de mettre du révélateur frais au contact direct du film), j’empoigne donc la cuve de la main droite et par une lente rotation du poignet je la pivote de 180° vers la droite.

Et à cet instant arrive la catastrophe: tout le révélateur s’écoule de la cuve ! La cause: couvercle principal pas assez enfoncé donc cuve pas étanche, ni à la lumière ni au liquide. Verdict probable: films voilé. Mais il ne faut jamais perdre espoir, j’emmène directement la cuve en chambre noire pour terminer le développement dans le noir complet, sans couvercle et par conséquent avec très peu d’agitation. Pas de chance pour moi, la Rollei Retro 400 S nécessite 13 minute 30 secondes de développement, ajoutez à cela 5 minutes de fixage, ça fait plus de 18 min enfermé dans le noir, en sueur… c’est long !

Au final, je sors 2 films correctement développés, celui du fond de la cuve quasiment pas atteint et celui du dessus, le plus proche du couvercle, pas totalement inexploitable, ouf !

Sur les deux images ci-dessous on distingue bien les zones voilées dans la bas de l’image.

 

G20 – 7 juillet 2017 – Hamburg (Allemagne)

Ces 7 et 8 juilet derniers avait lieu le G20 à Hamburg dans le nord de l’Allemagne. Le G20 est un groupe composé de 19 pays plus l’union européenne. Ces sommets du G20 donne toujours lieu à une forte protestation, en tant que collaborateur du Collectif Krasnyi je me devais d’y aller. J’avais prévu du film en quantité: 4 x Fomapan 200, 1 x Agfa APX 100 et 1 x Ferrania P30. Le tout chargés dans un Canon EOS3 et un Canon T90. J’avais aussi prévu suffisamment de batteries de rechange. toutes les chances étaient donc de mon côté.

Je ne vais pas revenir ici en détail sur les manifestations. le mieux est de visiter le site du Collectif Krasnyi. Juste une chose: nous sommes arrivés à Hamburg sans beaucoup d’informations sur ce qu’il s’y passait réellement. Nous avions trouvé un logement à une vingtaine de kilomètres, c’est donc en parfaits touristes que nous nous sommes rendus en ville par le train. Il est à noter que la guichetière de la gare a mis beaucoup d’énergie à tenter de nous dissuader de nous rendre en ville. N’y parvenant pas elle nous a en tout cas vivement déconseillé de nous rendre dans des quartiers tels que St Pauli, Altona,…

Durant ces presque trois jours passés sur place j’ai shooté en tout 5,5 films, soit près de 200 photos. Avant mon départ j’avais pris soin de préparer 1L d’ID-11. Par contre, suite à mon problème de cuve mal fermée, il ne me restait plus que 500 ml de fixateur (Ilford Rapid Fixer) qui plus est il était assez vieux et d’apparence grisâtre. Néanmoins je n’ai pas jugé nécessaire d’en préparer du nouveau, mal m’en a pris…

Car en effet, ce fixateur de couleur grisâtre était en fait saturé d’argent en suspension, ce qui combiné à une mauvaise procédure de lavage allait gâcher la quasi totalité de mes 5 pellicules !
Explication: après avoir laissé mes films pendant 5 minutes dans un bain de fixateur saturé d’argent, j’ai effectué le rinçage suivant:
– remplir la cuve de 500 ml d’eau à 20°, effectuer 5 inversions, vider
– remplir à nouveau la cuve, effectuer 10 inversions, vider
– remplir à nouveau la cuve, effectuer 20 inversions, vider

Ensuite, le mieux est de laisser reposer le film 1 ou 2 minutes dans de l’eau additionnée d’agent mouillant, sans agitation.

J’ai pour habitude d’ajouter l’agent mouillant dans la dernière eau de rinçage. Outre le fait que cela ne permet de gagner que 2 minutes c’est assez dangereux car l’agent mouillant va mousser sur le film et sera plus délicat à éliminer en sortie de cuve.
Cela ne m’a jamais posé de problème jusqu’ici, sauf que cette fois-ci j’ai en plus utilisé un fixateur sale et une pellicule qui demande sans doute un plus de soin.

Voici la partie supérieure d’une image verticale, on voit à gauche des amas de poussière en forme de gouttes. Ceci est dû à une mauvaise élimination de la mousse de l’agent mouillant. A droite les mêmes poussières sous forme de traînées.

G20 | Hamburg | Argentique
G20 | Hamburg
Conclusion

A l’âge de 53 ans et après avoir développé sans doute des kilomètres de film je viens de prendre une leçon magistrale de photographie et c’est très humblement que je m’incline face à l’exigence de rigueur d’un procédé que j’apprécie pourtant toujours plus que tout autre.

 

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