Asperger et argentique

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Culture Le zinc du dimanche Photo

Yashica 35, une (brève) histoire japonaise.

On aurait tort de penser que l’histoire de la photographie au Japon se limite à ces quelques marques que chacun connaît désormais: Canon, Nikon, Olympus… L’histoire de Yashica en est un parfait exemple c’est pourquoi ce mois-ci Le Zinc Du Dimanche est consacré au Yashica 35.
Durant la première moitié du 20ème siècle le Japon regorgeait de petites manufactures, chacune ayant son propre domaine d’expertise: fabrication de lentilles (Nicca, Nikon), fabrication de mécanismes d’horlogerie (Yashica), fabrication de microscopes (Olympus), fabrication de verres pour lunettes (Pentax),… Mais finalement, pourquoi encore à l’heure actuelle une telle domination du Japon sur l’industrie technologique et celle de la photo en particulier ?

 

Un brin d’histoire

Le calendrier Japonais est divisé en « Ères ». Par exemple 2017 correspond à l’ère Heisei, elle a commencé en 1989 avec le règne de l’empereur Akihito. Nous sommes donc dans la 29ème année de l’ère Heisei, courrament notée H29 au Japon.

L’ère Meiji commence en 1868 et se termine en 1912. Précédemment le Japon avait vécu une période isolationniste (Sakoku) assez radicale d’une durée de 250 ans : expulsion des missionnaires chrétiens, interdiction pour les japonais d’entrer ou de sortir du territoire sous peine de mort, expulsion de tous les étrangers, destruction des navires de haute mer,…. Le Sakoku (littéralement « pays enchaîné ») visait à se protéger des influences coloniales et religieuses des pays étrangers, en particulier du Portugal et de l’Espagne.

En théorie les seules relations commerciales permises l’étaient avec la Hollande sur l’île de Dejima au large de Nagasaki. Ce qui permit à une certaine élite de se tenir au courant des avancées technologiques occidentales en consultant divers ouvrages scientifiques hollandais. En réalité il y eu également des échanges avec la Chine et la Corée

En 1853, sous pressions et menaces des Etats-Unis et d’autres puissance étrangères, le Japon est contraint d’ouvrir ses frontières et de signer avec ces « conquérants » des traités inégaux. En 1868, avec l’accession au trône du jeune Prince Mutsuhito et le passage à l’ère Meiji, s’engage une période d’intense modernisation et d’industrialisation du Japon afin de traiter d’égal à égal avec l’Occident et de ne pas tomber sous le joug des puissances étrangères.

Le Japon de la fin du 19ème siècle s’intéresse à l’optique, la mécanique, la chimie; domaines dans lesquels le Japon d’aujourd’hui excelle encore.

Si la majorité des petites manufactures japonaise ont été créées durant la première moitié du 20ème siècle, l’essor de l’industrie photographique ne se fait sentir qu’à partir de la seconde guerre mondiale. A l’issue de celle-ci l’Europe est dévastée, le Japon aussi, terrassé par deux bombes atomiques ! Mais les japonais se retroussent les manches et mettent leur longue expérience en optique et mécanique au service de la copie d’appareils photo allemands, Leica principalement, ce que feront les russes également quoique avec un peu moins de succès (Zorki, Fed).

Nicca Camera Co. Ltd.
Nicca TYPE-3

Paradoxalement, l’histoire de Yashica commence avec l’histoire d’une autre compagnie, la Kōgaku Seiki Co. manufacture d’optique fondée fin 1930. En 1941 le ministère de la guerre japonais demande à cette firme de produire un appareil photo 35 mm. En 1942 le Nippon est introduit, c’est une copie presque à l’identique du Leica III. En 1947 la firme prend le nom de Nippon Camera Works Ltd., choisi Nicca comme nom de produit et sort le Nicca Type-3 (ou Nicca III).

En 1951 nouveau changement de nom qui devient Nicca Camera Co Ltd. et sortie de deux appareils: les Nicca IIIA et IIIB. Vinrent ensuite de nombreux autres boîtiers toujours basés sur les appareils « à vis » du type Leica. Ce sont des appareils de qualité à objectifs interchangeables en monture M39

Parmi les nombreuses firmes japonaises qui se sont lancées dans la copie d’appareils Leica, Nicca était sans l’ombre d’un doute l’une des meilleures. En ajoutant des fonctionnalités et en améliorant sans cesse leurs produits, certains de leurs boîtiers ont même surpassé le modèle Leica1.

Yashima Seiki Company

Fondée en Décembre 1949 cette firme forte de 8 employés et d’un capital de 566$ fabriquait à l’origine des composants pour horloges électriques.

Yashima Flex

Ils ont ensuite fabriqué des éléments d’appareils photo et finalement en 1953 on produit leur premier appareil complet: le Yashimaflex, un réflex bi-objectif moyen format (6×6) équipé de lentilles fabriquées par Tomioka Optical Works, ces deux société collaboreront durant de longues années.

Plus tard la même année la firme change de nom et devient la Yashima Optical Industry Company, Ltd.

Yashica-Mat

En 1957 Yashima crée la marque Yashica Inc. aux Etats-Unis afin d’y renforcer sa présence et lance une ligne d’appareils qui feront le succès de la marque: les célèbres Yashica Mat qui seront vendus jusqu’au milieu des années 80 !

En 1958 la firme Nicca Camera Co Ltd. en proie à des difficultés financières est rachetée par Yashima qui par la même occasion change son nom en Yashica Company, Ltd.

Yashica Company Limited

A l’époque du rachat de Nicca leurs deux modèles « phare » étaient le Nicca-33 et le Nicca III-L. C’est donc tout naturellement que Yashica, qui souhaitait se diversifier dans le format 35mm, a repris à son compte ces deux boîtiers qui deviendront respectivement le Yashica YE et le Yashica YF.

A gauche le Nicca 33 et à droite le Yashica YE

Le passage de ces deux boîtiers Nicca sous la marque Yashica était évidemment une aubaine pour un fabricant voulant rapidement conquérir des parts de marché dans le format 35mm. Mais Yashica n’allait pas en rester là. Dans la foulée et toujours en 1958 la marque sort le Yashica 35.

Yashica 35

Le Yashica 35 sera le premier télémétrique à objectif fixe de la marque. A partir de là Yashica ne fabriquera plus de 35mm à objectifs interchangeables.

De par son design il n’est pas sans rappeler le Nikon S de la même époque. La rupture est assez nette avec le design Nicca, les côtés sont anguleux, les fenêtres du télémètre et du viseur sont rectangulaires et une platine métallique vient englober ces deux ouvertures avec l’objectif.

Le modèle que je possède est équipé d’un 45mm Yashinon qui ouvre à 1.9, une autre version de l’appareil a été produite avec un 45mm Yashinon qui ouvre à 2.8. L’obturateur central de type Copal MXV offre des vitesses s’échelonnant de la pose B au 1/500 de sec. que l’on sélectionne via une bague dédiée située sur l’objectif lui-même. Toutes les commandes étant regroupées sur celui-ci la platine supérieure est assez dégagée. On y distingue un compteur de vue protégé par une vitre sur la droite et un aide mémoire de la sensibilité à l’extrême gauche, il est gradué en ASA et en DIN. Pour rappel ASA signifie American Standard Association, DIN Deutsche Industrie Normen et ISO International Standard Organisation. Cet appareil ne dispose donc pas d’une cellule intégrée, il faut utiliser une cellule à main. C’était d’ailleurs le cas de la majorité des appareils de l’époque. Il est à noter cependant que beaucoup de fabricant ont produit des cellules pouvant ce fixer sur le sabot porte accessoires de l’appareil, ce fut le cas de Yashica (Yashica YEM 35, YEM 35 Super, 55)

Le modèle présenté ici date de la fin des années 50 (il n’a été produit qu’entre Avril 1958 et Mars 1960 soit moins de deux ans). Il a été acheté par mon père qui l’a emmené aux quatre coins de l’Europe naissante. Voici quelques images réalisées à l’époque. Il s’agit de film Kodachrome, probablement du Kodachrome-X d’une sensibilité de 64 ASA produit entre 1962 et 1974

  1. Cameraquest Excellente page concernant le Nicca et bien d’autres appareils
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