A propos


Juin 1974. J'ai dix ans. Je découvre chez mes parents un large tiroir remplis de vieux matériel photo. Il y a des cellules à main, des flashs, un Kodak Brownie Cresta, un Agfa Isolette, un Diana et quelques autres. Je vais les essayer tous. Un par un, méthodiquement. C'est pour moi une révélation, je venais de découvrir mon moyen d'expression. L'outil qui allait me permettre de communiquer mes ressentis, mes émotions.


Mais que photographier ? Et comment ? Je le découvre encore aujourd'hui ! Chaque image en appelle une autre et affine mon regard.

Mes photographies peuvent de prime abord sembler dénuées de sens, de contenu, insignifiantes. On y trouve surtout des jeux de formes, de lumières, de matière.

Tentative d'explication psychologique. De fait ma photographie est instinctive. Elle n'est pas figurative, le plus souvent pas narrative. Elle fait appel à l'imaginaire du spectateur. Chacun peut y greffer sa propre histoire. Mais pourquoi ce dénuement, cette simplicité extrême parfois ? Je me suis moi-même souvent posé la question. Pour comprendre cette démarche il n'est pas superflu de se souvenir d'un des principes phare de la théorie de la gestalt (Gestalttheorie): "le tout est différent de la somme de ses parties"; elle postule aussi qu'il n'existe pas de perception isolée car la perception est initialement structurée. Cette perception structurée est souvent prise en défaut chez moi car je suis porteur d'un TSA (Trouble du Spectre de l'Autisme). En effet, comme l'a suggéré Uta Frith (psychologue du développement allemande pionnière dans l'étude de l'autisme) "les personnes avec autisme ont une faible cohérence centrale et sont meilleurs que les autres individus pour analyser des détails mais moins bons pour intégrer l'information de plusieurs sources différentes. "

Tentative d'explication philosophique. En s'intéressant au peintre Francis Bacon, le philosophe Gilles Deleuze déclare au sujet de l'art: "son rôle n'est pas de reproduire ou d'inventer des formes. Il ne s'agit pas de représenter des choses mais de rendre visibles des choses invisibles". C'est un peu, toute proportion et modestie gardée, le sens de ma démarche. Ce monde qui nous entoure, ces objets et ces lieux que nous cotoyons quotidiennement, nous ne les voyons plus, ils nous sont devenu indifférents. Il s'y passe pourtant des choses, il y là de la matière, de la lumière, des éléments de structure qui s'assemblent et qui pourtant échappent au regard du passant plongé dans l'écran de son smartphone.

Il y a de cela quelques années j'ai eu la chance de croiser le chemin de Lee Walker. Lee Walker est un photographe américain qui travaille uniquement en photographie analogique (c'était également mon cas à l'époque). Pour partager sa passion il a lancé un site avec d'autre photographes argentiques et appréciant mon travail il m'a proposé de participer à l'aventure: www.b2wphoto.com. Lee Walker m'a proposé de rédiger pour moi en anglais une courte présentation, je ne sais pas comment il a fait mais je peux vous assurer qu'il a su, mieux que quiconque, cerner en quelques mots limpides ce qui caractérise mon regard. Je lui laisse donc le mot de la fin:

"Frédéric's first involvement with film photography came in the mid 1980s in his homeland of Belgium when he first considered making a career of it. While it didn't work out at that point, he came back to film five years ago amidst political and social disruptions, desirous to once again "make' pictures to document these events. At that point, Frederic joined the Krasnyi collective, and since then has shot film almost exclusively. ​ Fred has a unique perspective on the world around him. He has Autism Spectrum Disorder (formerly known as Asperger's). It turns out that autism and photography can produce remarkably good images. The perception of an autistic person is particularly acute and discriminating. It gives them the ability to look at the world just as it is (shape, light, movement, sound, density, texture) and often makes them more sensitive to the hidden harmony of things around them."